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Les oies du Périgord
Elles sont des centaines de milliers à se dandiner dans les fermes de Dordogne, dans un indescriptible concert de caquètements. Elles sont rassasiées de maïs quotidien par des fermiers bienveillants, et vont en liberté dans les enclos. Elles profitent en somme de la douceur du climat qui avait enchanté avant elles les premiers magdaléniens. Mais un beau matin, couic ! Les voilà décapitées, plumées, éviscérées,... pour notre plus grand bonheur.
Dabord on extrait des magrets, saignants à souhait, que lon cuit lentement sur la face grasse et que lon saisit côté maigre. On les sert en fines lamelles, avec une sauce de vinaigre au miel, ou dune aillade faite dhuile de noix, de cerneaux de noix pilés et dail du Sud-Ouest écrasé. Pour les accompagner, rien ne vaut encore une pêche blanche découpée elle-aussi en quartiers.
Vient ensuite le foie. La quintessence de loie. Au torchon, on le sale et le poivre avant de lenfourner quinze jours au frigo et de le déguster ainsi, sur une tranche de pain de campagne ou poêlé pendant quelques secondes. Confit, il pourra attendre les dîners familiaux au début desquels on le sert avec des airs mystérieux et une bouteille de Sauternes.
Enfin le confit (Cest pas gras ! nous dit-on dans le Bonheur est dans le pré). Cuit dans la graisse et mis en conserve, cest la bonne surprise de la table hivernale. Avec une platée de pommes de terre sarladaises, il calera les estomacs les mieux faits.
La truffe du Périgord
Daucuns attribuent à ce diamant noir des propriétés aphrodisiaques, il ne faut rien exagérer. Ce qui rend la truffe attirante avant tout, cest sa rareté autant que son parfum. Avant de la négocier âprement (au marché de Saint-Alvère en priorité), il faudra au truffier de la technique, de la patience et une solide connaissance de la région. Car la truffe se chasse, en compagnie dune truie ou dun chien élevé à cet effet. Leur odorat leur permet de humer de loin lâcre senteur de ce champignon vivant dans les terres calcaires, au pied des chênes et des noisetiers. À 3000 francs le kilo, ne tentons pas le diable avec des recettes compliquées : contentons-nous de lomelette. La truffe et les ufs seront conservés quelques jours ensemble dans un réfrigérateur afin que les ufs simprègnent du goût du champignon. Ensuite, une fois la truffe réchauffée dans de la graisse doie, on cuisine lomelette à son goût.
Lhuître dArcachon
Voilà une façon agréable de lutter contre le goitre. Liode contenue dans lhuître est souveraine pour prévenir cette affection quon nommait crétinisme des Alpes au siècle dernier. Mais déjà, les Romains, qui étaient des fines gueules, ramassaient les huîtres dArcachon et les avalaient toutes crues.
Il faut trois ans pour produire une huître adulte. Dabord la larve saccroche sur une tuile immergée puis, un an plus tard, elle est cultivée dans des parcs où les ostréiculteurs les protègent des prédateurs et les retournent régulièrement afin quelle se développent avec harmonie. En Gironde, on déguste ce fruit de mer avec des saucisses blanches cuites dans le vin blanc (les crépinettes), un peu de pain beurré, du jus de citron et une bonne bouteille de Bordeaux sec. Le bonheur tient à si peu de chose.
Le jambon de Bayonne
Certes, tout est bon dans le cochon, mais le meilleur, cest encore le jambon. Les Basques et les Béarnais se disputent depuis longtemps sur son origine. Brisons là. Les cochons roses ou noirs de ce côté des Pyrénées nentendent rien à cette controverse, ils se contentent dêtre savoureux après salaison. Si les Béarnais acceptent de le nommer de Bayonne, ils exigent tout de même quil soit salé sept fois au sel de Salies-du-Béarn et séché sept mois, au moins. Nous sommes donc en plein rituel magique où les chiffres ont leur importance. Quelle divinité païenne ninvoquerait-on dailleurs pas pour mordre à belles dents dans une tranche, pendant la foire au jambon de Bayonne des jeudi et vendredi de Pâques. Oui, mais par dessus quallez-vous boire ? Attention, du choix du vin dépendra votre ralliement à un camp.
Le pruneau dAgen
Ah le beau fortifiant ! Mais on croit toujours quil vient dAgen alors quil est de Villeneuve-sur-Lot. La presque totalité des pruneaux français sont dailleurs produit ici, dans le Sud-Ouest à partir de la prune dEnte. Oublié le séchage au soleil, le pruneau daujourdhui est moderne. La prune cueillie en fin dété passe dans des tunnels de séchage où pendant vingt heures on lexpose à une température de 75°. Et cest ainsi quelle se transmute en pruneau, beau et fripé, noir comme le charbon, et gorgé de calories qui aident à lutter contre les coups de froid. On sait aussi combien il est précieux pour le transit intestinal.
Sil a toujours cet indéfectible goût de cour de récré, encanaillons-le un peu. Dénoyauté et entouré dune chiffonnade de jambon de Bayonne, piqué dun cure-dent, il est parfait à lapéritif en compagnie dun verre de muscat.
Les cèpes
À lheure où blanchit la campagne, il faut partir, car le cèpe attend. Sous les chênes et châtaigniers dAquitaine, on le traque, quil soit de Bordeaux (à chapeau marron), des pins (couleur lie-de-vin), ou tête nègre. Un produit qui ignore avec superbe lexpérience : on ne sait pas le faire pousser, on se contente de guetter son apparition. Cest à Villefranche-du-Périgord que son prix sétalonne chaque année, après quoi il déchaîne les papilles gustatives. Cuit longuement dans la graisse doie, avec du persil et une tête dail, le cèpe est le meilleur compagnon des confits doie. On peut aussi laccommoder cru, en salade avec des pommes et une belle coulée de jus de citron.
Le cannelé de Bordeaux
Il na du baba au rhum que lapparence, mais ne vous y fiez pas. Cest une friandise dure sous la dent et collante de caramel. Après sa croûte dure, vient le flan. Le cannelé est donc à lui seul une terre de contraste, comme le disent les guides touristiques. Il fut inventé jadis par les Annonciades, religieuses du couvent de la Miséricorde. Il se reconnaît à son enveloppe caramélisée dans des moules de cuivre. On connaît des amateurs qui viennent en pèlerinage chez Baillardran afin dy faire provision.
Le piment dEspelette
Avant denflammer le palais, ces piments rouges participent à la décoration urbaine de cette partie du Pays basque. Accrochés en rideau sous les avant-toits, ils sèchent en plein air avant dêtre réduits en poudre. Au XVIIe siècle, ce piment servait à relever les recettes de chocolat. Bayonne toute proche était alors la capitale française de lindustrie chocolatière. On en frotta aussi les jambons, et on continue aujourdhui de lintégrer dans les charcuteries basques. Lhomme ayant coutume de tout mesurer, il la également fait pour la puissance piquante des piments. Celui dEspelette, quon se rassure, nest classé que chaud sur la très sérieuse échelle de Scoville, qui va jusquau volcanique tabasco.
En purée, mêlé à une mayonnaise, il devient Bayonnaise qui relèvera des tacos, du poisson ou des viandes froides. Mélangé à de lavocat et du fromage de chèvres frais, on le sert sur des toasts pour encoquiner un apéritif.
La noix du Périgord
Lombre du noyer est elle nuisible ? Certains esprits superstitieux ny mettraient pas leurs pas. Pourtant, la noix fut au temps des Romains le symbole des beaux mariages, soudés comme les deux parties de la coque. Lorsque vient la Toussaint, les noix tombent dans les paniers des paysans de Dordogne. La pâte obtenue des cerneaux broyés est chauffée à 50°, et devient une huile recherchée pour ses qualités diététiques, car elle ne produit pas de cholestérol. Encore un coup de ce sacré french paradox. Excellente sur une simple salade verte, on peut la mêler à lail et quelques cerneaux concassés pour accommoder des magrets.
Le caviar dAquitaine
On na pas attendu ici la contrebande massive durant la Perestroïka pour senvoyer du caviar à la louche. Si jusquaux années 50, lesturgeon sauvage était capturé au large des côtes, il est aujourdhui acclimaté en eau douce dans lestuaire de la Gironde ; un esturgeon russe, un vrai donc, lAcipenser Baeri, dont on extrait les ufs alors quil vit encore. Sauvagerie dont nous nous accommodons fort bien, merci, dautant quune cuillère de caviar glacé, servi sur la tranche dune pomme de terre brûlante, et suivie dun dé à coudre (pas plus, voyons !) de vodka fait largement oublier le supplice de lanimal. Si daventure, vous deviez vous insurger, noubliez pas que le caviar recèle du phosphore, du calcium, du cuivre, du manganèse, du fer, des vitamines A et B. Largement de quoi faire taire toute velléité de protection des espèces...
Le fromage basque
Louera-t-on enfin la patience du berger basque lorsquil doit fabriquer son fromage ? De ses brebis, il lui faudra traire 7 litres pour un kilo de fromage dOssau. Et encore nest-il pas au bout de ses peines. Chauffé à 30°, empressuré, il faut laisser le lait cailler et le réchauffer encore. Le fromage enfin moulé, le petit lait doit sen écouler. Frotté au sel, il est alors retourné tous les 4/5 jours pendant quatre mois. Vous pouvez bien sûr le manger tout cru, mais si lenvie vous prend de le déguster plus traditionnellement, servez-le au dessert avec une confiture de cerise, en vrai Basque.
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